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J'exerce un métier instable.

 

Je n'ai aucune garantie que, à la fin du mois, j'aurai assez pour rembourser mes dettes. Les gens à qui j'ai emprunté une somme à plus de cinq zéros sont puissants et dangereux.

 

Nous sommes début Juillet, et je me sais déjà condamnée. La seule solution pour survivre est de balayer tout ce en quoi je crois, tous les principes qui guident ma vie et qui font qui je suis. Les politiques me détestent pour ça, ils me traquent.

 

Je suis au pied du mur.

 

Un marché parallèle existe je le sais. Ce monde parallèle est, le temps d'un été, le plus grand marché du monde : Avignon. Alors j'y suis allée.

 

Je me prostitue.

 

Cela fait plusieurs mois que j'ai préparé mon coup. Un mac me prête son local pour trois semaines. Mais pour que la clientèle afflue, il me faut, moi-même aller les aguicher. Tous les jours, je traîne dans les rues, dans les bars. Et je guette.

 

Ils sont des milliers à passer devant moi, sans même un regard ou écœurés par ma démarche.

 

Pourtant, je porte mes atours les plus clinquants, un tapage à l’œil de la tête au pied. Perruque, maquillage, robe, sourire avenant et posture maîtrisée. Il faut qu'ils accrochent, qu'ils me regardent, m'écoutent et viennent me voir.

 

Là, justement, un client potentiel s'approche.

 

Je feins l'illumination, il a mordu. Je lui dis mon prix, il semble hésitant. A son attitude, je vois qu'il n'a pas l'habitude. Ce n'est qu'un personne banale, un touriste. Il ne semble même pas conscient d'être mon gagne-pain. Mais cela suffit pour l'instant, j'en collecterai d'autres plus tard.

 

Ce que je vends, c'est mon corps et mon esprit, mon œuvre qu'est ma pièce : je suis intermittente.

Articles - Théâtre

altaltAujourd’hui mesdames et messieurs, je suis allé voir... un one-man show. Le principe connu de tous : un mec seul sur un plateau qui nous fait rire sur ces petites choses de tous les jours, si anodines que nous avons oublié d’en rire : La fameuse belle-mère aussi désagréable qu’un tourne vis cruciforme planté dans l’appendice ; les cadeaux pour la fête des Mères faits mains par les petits qui ont la chance d’apercevoir, d’effleurer la joie qu’ont tous ces petits Chinois et ces petits Pakistanais à confectionner leurs magnifiques baskets qu’ils auront détruits au premier football dans la boue un week-end de pluie dans un stade municipal que ces enfants chinois ne verront jamais ; ou encore le problème existentiel dans les campings nudistes : À quoi bon dire « je t’aime » pour un homme lorsque la prétendante peut tout simplement voir cet amour si passionné et si tendre à travers l’érection jaillissante du campeur suave.

 

Donc je m’installe dans la salle 4, petite mais pas tant, du théâtre Le Palace. Une jolie femme en T-shirt jaune me montre les places restantes où je pourrai poser mon postérieur et mon corps de festivalier alourdi par la chaleur.

 

Je vous l’avoue chers auditeurs et lecteur chéris par moi et apparemment dédaigné par le reste de mon équipe d’après les multiples invectives lancées par mes collègues à votre égard lors de soirées déguisées au thème évocateur « 1 plume dans le cul peut en cacher une autre », je vous l’avoue, les 15 premières minutes m’ont fait peur pour le reste de la pièce. Malgré une bonne énergie, j’y voyais trop de manières, et pas assez de finesses dans ce texte un peu poussif. Certes je souriais. Mais j’attendais impatiemment mon premier éclat de rire. Ça manque de cadence, et il y a dans ce qu’on appellera des Punchs Line 1 seconde parfois en avance, 1 seconde parfois en retard.

 

Puis, après ces 2-3 premiers sketches, vint un Alex plus fin, plus drôle, avec un texte plus construit et un jeu plus minuté. Il joue ou nous parle à la suite des boites de nuit, lieu qui semble être une source d’inspiration inépuisable pour ces comiques fêtards mais mal à l’aise ; un candidat de télé-réalité ; une vieille baby-sitter totalement bourrée ; et enfin les personnages de films d’horreur aux codes préétablis : un noir qui meurt en premier une blonde au bonnet 90E pour signifier 90 Millions d’Euros au Box office, une brune un peu plus judicieuse que la blonde, mais bon pas trop non plus, et un geek dont la tête remplie de boutons pourrait être une jolie pièce à la Foire internationale d’Art Contemporain.

 

Les sujets semblent avoir été mille fois abordés par d’autre artistes. On retrouve bien sûr dans cette vieille tati bourrée un peu du personnage de Chouchou créé par Gad Elmaleh. Et que dire de la boite de nuit qui nous rappelle également celle imagée par Gad Elmaleh dans son spectacle L’Autre c’est Moi.

 

Malgré ces ressemblances, Alex amène tout de même une patte et une tonalité personnelle à ses personnages. Un tempo minuté est à régler en début de spectacle, et quelques blagues vaseuses et éculées sont à bannir (et quand je dis « éculés », je ne veux pas dire « éculéééééé » avec l’accent marseillais de notre animateur préféré Romain Borelli. Éculé signifie « sans originalité », bande de béotiens incultes). Mais ceci fait, Alex pourra à mon avis très prochainement faire sa crise dans une salle plus grande.

 

Alex a-t-il du talent ? Oui. Cette pièce m’a-t-elle plu ? Oui. M’a-t-elle subjugué ? Non, pas à ce point ! Point final.

Articles - Culture

Un homme statueUn homme statueLes troupes ont maintenant joué leurs premières, le public est dans les rues, la ville est couverte de mille affiches : Le festival d’Avignon 2014 est lancé. Sur la place du palais des papes je reste figé. On me regarde, on m’observe, J’intrigue. Par mon costume argenté, assorti à mon teint métallique j’attrape les regards de mes spectateurs. « Maman regarde » s’écrit un enfant : «C’est un vrai monsieur ? ».


Je meurs de chaud et pourtant je reste de glace, immobile autour d’une ronde d’appareil photos venant des 4 coins du mondes. J’observe les petits passants causé : « On va être en retard ! Dépêchez-vous ! On va rater le malade imaginaire ! » ; « Je ne sais pas ce que c’est mais ils ont une belle affiche ! C’est à qu’elle heur ??? » ; «  Tiens lui je le connais ! Il ne joue pas dans cette série-là sur M7 ? » ; « Bonjour venez voir le songe d’une nuit d’été, une pièce de William Shakespeare, tous les jours à 22h au collège de la salle ». Tant de phrases que j’entends et que je réentendrais de nombreuses fois durant ce mois de juillet. Tiens, Une passante met une pièce dans mon chapeau ! Je peux enfin animer mes muscles engourdis. Très lentement j’enclenche la machinerie de mes articulations avec de petits à-coups saccadé. Mon engrenage mécanique amuse ma jolie spectatrice qui m’offre un charmant sourire que je voudrais lui rendre. Mais voilà, déjà mes mouvements se bloquent et de mes extrémités jusque à mon tronc je me fige. Car oui j’ai pour théâtre tout Avignon. Je suis le plus libre des artistes car chaque petite ruelle peut devenir mon plateau de jeu. Pas besoins d’éclairage le soleil me suffit, il fait brillait mon maquillage d’un gris miroitant. Personne ne regarde mon spectacle en entier, seulement des extraits. Mais contrairement aux autres artistes j’ai des avantages ! Pas besoins de mille affiche agglutiné sur chaque parcelle de mur : Moi je suis un propre panneau de publicité. Pas besoins d’aller chercher les gens pour venir voire mon spectacle : ils y assistent déjà. Les rayons lumineux s’apaisent et ma peau brulante est soulagé de tant d’UV que mon épais maquillage n’a sut arrêté. Mais voilà que une larme venant du ciel vient se poser sur mon avant bras. Une deuxième viens éclabousser le bout de mon nez, et seconde après seconde toutes ses soeurs tombent des nuages viennent plonger sur cette place sans ce soucier de moi. Les gens s’affolent, et s’abritent sous leurs programmes théâtrale, oubliant toute la liste de spectacle qu’ils avaient soigneusement réfléchi et minuté. La place est presque vide. Je reste seul. M’animer soudainement et courir me mettre à l’abris ? Non, non le spectacle doit continuer ! Il ne faut jamais briser l’illusion tant qu’un regard est encore sur cette place. Je suis le chef d’orchestre d’une magie dans les yeux d’enfant des passants et j’ai le devoir de garder mon rôle coute que coute. Mon nez me gratte. Des petites fourmis parcourent l’extrémité de mon roc, mon cap, de ma péninsule. Mais cette démangeaison je la connais. Et comme tous les jour la patience sera le seul antidote pour guérir ce mal qui me prend. Mais déjà la nuit se couche et tire pour moi le rideau de cette longue représentation. Doucement je m’anime et me métamorphose d’automate à simple comédien. Je ramasse le petit salaire de ma performance et rapidement je rentre ôter ce costume qui devient jour après jour une seconde peau. Moi qui ai rester immobile durant toute la journée je n’ai en tête que de retournée à cette état mais cette fois entre les doux bras de Morphée. Je vous quitte cher festivalier, et surtout n’oublié pas que dans le silence et l’immobilité un spectacle peut se cacher.

Articles - Culture

 

Nous sommes le 4 juillet 2014, je quitte à nouveau le Vaucluse pour les Bouches du Rhône. Cette fois, nous ne serons pas à Salon de Provence mais à Vitrolles pour le Charlie Jazz Festival. Ainsi, je prévois de nouveau de rencontrer des musiciens que nous avons invités et que vous avez pu écouter à Radio Campus Avignon dans le cadre de l’émission « ça va jazzer » et de l’émission spéciale « à contre temps » lors de la dernière édition du festival d’Avignon tels que le contrebassiste Stéphane Kerecki ou encore Médéric Collignon et ses 11 musiciens.

 

Je suis alors curieux de découvrir ce festival dont Marcel et Solange nous a touché deux mots l’an dernier lors d’une émission que vous aviez peut être écouté à la même période « à contre temps » et il y a trois semaines à Paris autour d’un café avec Cécile Pruvot (altiste d’un des deux quatuors de M.Collignon ; photo ci-après). Ce festival a été créé en 1989 par quelques habitants de Vitrolles et dès 1993, la municipalité leur a proposé d’investir un local dans le domaine de Fontblanche. Ce lieu est alors restauré par les bénévoles de l’association et inauguré en 1994 pour devenir une scène incontournable du jazz dans la région PACA. Ainsi pour cette 17ème édition, les musiques de jazz vont croiser le rock, l’électro, le hip hop, la funk, notamment ; et aux cotés de l’éclectisme de cette programmation, le festival opte pour une démarche écologique (tri sélectif, éclairages à leds, éco-cups, t-shirts bio, navettes = réduction du prix des billets, utilisation de papier recyclé, etc.). Ce festival s’inscrit donc dans son temps et l’on pourrait même dire un peu au delà. Les programmateurs ont invités des artistes créatifs, innovants ; évoluant au sein d’un cadre particulier, soucieux d’être préservé.  

 

Parmi les 400 personnes du public, on retrouve des musiciens et des amateurs de jazz soucieux de défendre une idée de la liberté. Ces derniers me confiaient alors « la programmation de ce festival est vraiment particulière, elle exprime une belle idée de la liberté,  chaque musique y est représenté de manière subtile mais dans une couleur qui rassemble, celle du jazz  ». Voilà donc une 17ème édition qui commence sous les meilleurs auspices pour l’équipe du festival qui va se poursuivre jusqu’à dimanche. Et précisément dimanche, je me rendrai à l’Ajmi (Association de Jazz et Musiques improvisées) pour la seconde édition des Têtes de Jazz.altalt

Articles - Musique

Affiche de Ark Tattoo de la Cie Elapse du 5 au 27 juillet 2014 à La Tâche d'EncreAffiche de Ark Tattoo de la Cie Elapse du 5 au 27 juillet 2014 à La Tâche d'Encre

 

On m'a pensé, on m'a dessiné, on m'a créé. Je suis née du cerveau d'un imaginatif hors pair. Mais c'est dans une usine à couleurs que j'ai réellement pris forme. On m'a imprimé sur un ancien bout d'arbre, blanc et fin, léger comme l'air. Je suis désormais malléable, transportable. On m'a écrasé sous des milliers de clones. Mes sœurs ont le même visage que moi, le même corps. Nous avons toutes le même destin. Dès la naissance, nous connaissons notre unique mission, elle est gravée en nous : accrocher les yeux des humains.

Pour cela, les amis de notre créateur sont venus nous chercher. Avant de passer du statut de papier à celui de « eye-catcher », un long voyage nous attend. Des diables nous transportent jusqu'à une énorme boîte de métal vibrante. Entassées dans le coffre, parmi d'autres débris de décor, nous allons vers notre destinée. Soudain, on me retourne. Plaquée contre le sol, face contre terre, un liquide gluant est étalé sur tout mon corps. Puis vient la chirurgie, l'excroissance. C'est un carton plus grand que moi ! Comme une carapace, je le porterai dorénavant sur mon dos. Ce qu'il ressentira sera mien. De façon tenace et douloureuse, nous serons collés, lui et moi. Je le réalise lorsque les extrémités de mon corps sont percées. Le couteau fend ma matière à quatre coins. Dans chaque trou béant, on glisse des lianes beiges. Là, sur la pavé, nous sommes ensuite hissées tour à tour. Ma douleur est vite oubliée. Je sais que j'ai enfin atteint mon but.

Je suis là, prête à saisir les regards. Nos accrocheurs montent alors sur des escabeaux de métal, certains portent même des échasses. Je suis soulevée, on m'attache aux barreaux d'une fenêtre. En-dessous de moi, des ribambelles de clones s'entrefilent. Nous voilà, rangées en ordre de bataille, bons petits soldats de la communication. Perchées et prêtes à dévoiler à la face du monde l'éclatant message que nous arborons. Ce tatouage est un intermédiaire. Une fois imprégné dans l'esprit humain, il le guidera vers une salle sombre où seule l'émotive imagination demeure. Pour cela, il faut que nous restions braves. Vaille que vaille, je lutte contre cet affreux Mistral. Horreur des horreurs, mes jumelles sont masquées par d'autres messages, étrangers à ma cause. Tandis que l'injustice se déploie à mes pieds, l'enfer rôde au-dessus de ma tête. L'agitation des affiches augmente à mesure que le ciel se charge d'un gris menaçant.

Je suis inquiète mais je tiens mon rôle, une troupe entière compte sur moi. Il suffit d'un coup d’œil, et vous comprendrez pourquoi. Pourtant, immobile, impuissante et fragile, je ploie sous les lacrymales atmosphériques. Des milliers de gouttes attaquent ma chair perméable. Mon manteau cartonné n'est d'aucune utilité. Il s'alourdit d'eau, mes chaînes se brisent... Privée de membre, je tombe. L'orage se déchaîne toujours, alors que je gis sur le bitume. D'autres chutent également. Certaines ne sont pas de ma famille, ce sont mes ennemies. Pourtant nous partageons désormais le même sort, celui d'avoir failli à notre devoir. Le guet s'arrête. Aucune pupille ne pourra plus s'attarder sur moi. Seuls les pieds m'atteignent, m'écrasent. Jamais mon père, ce génie des planches, ne pourra partager son art. Il sera seul, dans une salle vide. Un vide laissé par ma faute. Dans mon marasme, je remarque à peine que des mains m'ont saisies. Elles me retournent : des yeux me fixent. Les sourcils se froncent mais un sourire apparaît peu à peu. Stupéfaite, je les laisse me porter à travers les tortueuses rues de la ville. Curieuse, je reconnais un bâtiment en pierres de taille usées... Nous franchissons les rideaux rouges, on me pose au premier rang. Alors que les lumières s'éteignent dans la salle, un visage s'illumine sur la scène. Dégoulinante sur les planches et presque réduite à l'état de lambeaux, je suis heureuse. Je suis à la maison, à nouveau près de lui, avec comme présent un humain pour nourrir la pièce. Avec lui, grâce à moi, le théâtre vit.

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