Mardi 30 Novembre 2010 00:06
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Mise à jour le Mercredi 01 Décembre 2010 17:22
Écrit par Amélie
© Éditions çà et làLe 17 mars 2010 débarquait dans nos librairies un bien étrange 'manuel', co-écrit par le suédois Henrik Lange au dessin et l'américain Thomas Wengelewski au texte. Il s'agit du premier tome d'une bien étrange série, nommé 90 livres cultes à l'usage des personnes pressées, qui nous propose un tour du monde de ce que l'on devrait connaître de l'univers littéraire... résumé en trois cases de bande dessinée seulement ! Pari audacieux pour les deux compères qui remettent le couvert avec 90 films cultes à l'usage des personnes pressées, paru en France le 15 octobre dernier.
Habillé par un dessin sobre, tout de noir et blanc, le texte clairement abrasif épluche les trames narratives des romans et des films, principalement extraits de la culture américaine et européenne, pour en donner un ultra-résumé, des trois faits les plus marquants, tout en glissant une ou deux blagues d'un humour des plus décapants. La lecture de ses ouvrages est rendue dynamique par des adresses fréquentes aux lecteurs et s'allonge d'histoires souvent contées à la manière de fables conclues à l'aide de morales bidons.
À l'heure de l'avènement de l'effet « zapette », Henrik Lange et Thomas Wengelewski ont trouvé leur fin filon. Mais, il ne faut pas s'y méprendre, car la lecture de quelques pages suffisent à constater qu'en réalité, ces 'manuels' ne sont pas destinés aux personnes pressées et incultes, sinon aux personnes concernées par les œuvres, susceptibles de comprendre toutes les références à leur contexte, glissées doucement ça et là. Juste deux illustrations, représentatives de l'esprit général des 'manuels'. À la page de L'Étranger (1942) d'Albert Camus, on nous renvoie au « tube des Cure » sans plus d'explications. C'est alors qu'il faut bien connaître la discographie du groupe The Cure pour percuter, ah mais oui bien sûr 'Killing An Arab' ! Pour Citzen Kane (1941), d'Orson Welles, il est nécessaire d'avoir en tête la controverse autour de William Randolph Hearst pour saisir la petite joute finale. Pas toujours évident de comprendre toutes ces références, le plus souvent ancrées dans la culture exclusivement américaine.
Et puis, entre nous, je défie quiconque de se la péter en société après la lecture de ces 'manuels', tant la visée humoristique prend le pas sur le contenu informatif. Par exemple, le film Le Voleur de Bicyclette (1948), de Vittorio de Sica, chef d'œuvre absolu du néoréalisme italien, est présenté ainsi : « Bicyclette + Voleur = film existentiel européen. La prochaine fois, pensez au cadenas ». C'est à hurler de rire, évidemment, mais ça ne nous apprend pas grand chose du synopsis (mais c'est drôle).
Et de l'humour, il y en a. Et à tire larigot, même. Henrik Lange et Thomas Wengelewski décrivent eux-mêmes, au détour d'une case, leur premier opus comme un livre « comique [qui] ne vous fera aucun mal ». Le recours à l'ironie et au cynisme est quasi-systématique, ce qui permet de désacraliser les chefs d'œuvre mis sur un piédestal ou de se moquer gaiement d'œuvres les plus populaires. Eh oui, « culte » ne signifie exclusivement acclamé par la critique élitiste, et les auteurs ont eu l'intelligence de prendre aussi en compte les succès commerciaux des dernières décennies. De ce fait, tout est mis sur le même plan, et ce mélange qualitatif se prête inévitablement à des situations cocasses. C'est ainsi qu'entre le colossal Crime et Châtiment (1866) de Fedor Dostoïevski et l'incontournable Des souris et des hommes (1937) de John Steinbeck, on retrouve tout penaud, le Da Vinci Code (2003) de Dan Brown. On regrettera par ailleurs un classement alphabétique des œuvres présentées, alors qu'un classement chronologique aurait sans doute été plus judicieux.