Société


Combattre la banalisation du SIDA

            Propos recueillis par Nina Guérineau


Quand il a appris pour sa séropositivité, il n’avait que 37 ans. Ici, en vue des chiffres qui ont paru lors du week-end dédié au Sidaction, Daniel Jean a accepté de répondre aux questions concernant sa maladie.

Alors, tout d’abord, une petite présentation ?

Je m’appelle Daniel, j’ai 47 ans. Je travaille dans la restauration depuis une vingtaine d’années. Je suis sur Avignon depuis plus de 30 ans.

L’interview porte sur les chiffres du SIDA qui sont tombés le week-end dernier, et surtout sur celui qui vise directement les étudiants. En effet, 1 étudiant sur trois ne se protège pas durant l’acte.
D’autres chiffres dans la communauté gay, dont vous faites parti, montrent que le nombre atteint du virus a augmenté.
Je vous interroge aujourd’hui, car vous m’avez précisé que vous étiez séropositif depuis 8 ans. Est-ce bien cela ?

 Cela fait même un peu plus, car je l’ai appris en novembre 2004.

Donc cette année, cela fera 10 ans que vous êtes au courant de votre séropositivité ?

 Oui.

 Comment avez-vous appris la nouvelle ? Et où ?

 J’ai toujours fait l’amour sans capote. De tout temps, je ne l’ai jamais utilisée, si mon partenaire n’en avait pas, je ne m’en souciais pas. Je n’avais jamais de capote sur moi non plus. Je faisais souvent des tests deux, trois fois par an. Et un jour, mon médecin me demande de revenir faire un test. A ce moment là, je comprends qu’il y a un truc qui ne va pas. Je me dis, j’arrête, je mets des capotes. Je pensais l’avoir. Finalement, mon analyse s’avère négative, alors dans toutes les relations que j’ai pu avoir suite à cela, j’ai mis un préservatif.

Mais, une fois, je suis allé à Doubaï pour retrouver un ami avec qui je couchais régulièrement.  Un jour, je rencontre un pakistanais américain qui me plaît tout de suite. Lors du rapport sexuel, on met la capote et je fais attention. Mais mon ami, à la fin de l’acte vient me voir et m’explique que le pakistanais a enlevé la capote au moment de la pénétration.


Quand je suis revenu à Avignon, je suis allé faire un test au laboratoire, et le médecin m’a appelé : « l’analyse n’a pas marché, on aimerait que vous reveniez faire des analyses ». C’est idiot, on sait à ce moment là qu’il y a un problème. Je me suis dit : cette fois-ci, c’est la bonne, tu l’as. Je refais quand même le deuxième test, qu’ils ne m’envoient même pas. Quand ils me l’ont annoncés, je n’ai pas eu la force de jouer la surprise. Tout mon corps le savait déjà, alors au moment de l’annonce, ça m’a chamboulé pendant 10 minutes, j’étais sonné. Je me suis dit que j’allais peut-être avoir une vie moins longue.

Je suis arrivé chez moi, j’ai téléphoné à mon amant pour lui annoncer la nouvelle, afin qu’il aille faire des tests lui aussi, on s’est énervé parce qu’il ne comprenait pas. J’étais aussi en colère contre moi. Les résultats se sont avérés négatifs, heureusement pour lui, mais on a eu très peur.

Toute façon, il fallait que ça m’arrive. J’ai joué avec le feu en couchant sans capote, et je me suis brûlé. Je ne peux pas dire, pourquoi moi ?

 Le médecin vous l’annonce et vous-êtes sonné pendant 10 minutes, mais quand est-il de votre réaction avant l’annonce, lorsque vous devinez que vous êtes séropositif ?

 J’étais dans ma chambre et j’ai pleuré. Je me suis dit que j’avais fait le con. Je savais que ça se soignait mais que c’est un virus et un traitement qui tuent. Tu souffres du traitement parce qu’il est lourd. Ton corps vieillit plus vite, et meurt plus rapidement.

Qui était ou est au courant pour votre séropositivité ?

 Pendant 10 ans, je n’ai mis au courant que mon amant et mon patron. Ma famille n’est toujours pas au courant, personne n’est au courant.

Pourquoi ?

 Je n’ai pas envie d’inquiéter ma mère. Elle m’avait annoncée, après être allée chez une voyante, que je serais le premier de ses fils à mourir. Depuis, elle a toujours eu peur pour moi et me demande en permanence d’aller faire des analyses. Et puis, la famille, c’est la famille. C’était les derniers à apprendre que j’étais gay. Pour moi, mes amis doivent le savoir mais cela m’importe peu de mettre au courant ma famille. Elle représente plus un acquis que quelque chose à entretenir. Les relations sont différentes. Au début, je m’inquiétais plus de savoir comment mes amis allaient apprendre la nouvelle.

Est-ce vous pourriez détailler le traitement que vous prenez ? Les effets ?

 J’ai connu trois médicaments. J’ai appris pour le VIH il y a dix ans, mais cela ne fait que six ans que je prends un traitement parce qu’il fallait d’abord que je guérisse mon Hépatite C.

Un cachet vaut 26 euros à lui tout seul et c’est pratiquement 900 euros la boîte, heureusement tout est remboursé. J’en prends un par jour, et généralement le soir car les effets sont très puissants. Je suis dans la restauration, je reste éveillé assez tard, alors quand j’ai voulu prendre le médicament avant d’aller au travail, j’ai eu l’impression d’être complètement ivre et défoncé. Comme si j’avais fumé et bu avant de venir, je devais me tenir aux murs pour ne pas tomber. J’avais la tête qui tournait, c’était impressionnant. Maintenant, je le supporte bien.

Les plus grosses contraintes de votre traitement ?

Tout ce qui est drogues dures et l’alcool, ne pas prendre les cachets lorsque l’on boit. Mais, c’est surtout prendre un cachet par jour. Je l’oublie de temps en temps. Et puis, ils sont gros, des fois je n’ai pas envie d’en avaler un et n’ai pas envie de subir le lourd effet du cachet. J’ai vu un reportage sur Arte où un médecin se bat depuis des années contre ça. Le cachet peut être pris 3 à 4 fois par semaine, ça fait les mêmes effets, parfois meilleurs.

 Est-ce que cela a affecté vos relations sociales ?

 Personne n’est au courant et c’est pour ça. Je pense que cela peut largement nuire à mes relations sexuelles mais aussi amicales. Je répète, il n’y a que mon plus vieil amant qui est au courant, et là rien n’a changé. Mais j’estime qu’il a besoin de moi, donc ce n’est pas pareil, ce n’est pas un ami.

Qu’est ce qui est le plus dur lorsque l’on vît avec le sida ?

 Mis à part le côté que le traitement est lourd, je pense que le corps endure et subit véritablement, il morfle en quelque sorte. Je me dis qu’un traitement comme le mien, on doit compter quelques années en moins dans la vie. Après, je ne sais pas, je commence à avoir des problèmes de vieux. Tout vient plus vite, le traitement accélère les choses.

Il y a aussi le côté affectif. Avant, je n’avais pas envie de me mettre avec quelqu’un mais j’y réfléchissais, aujourd’hui j’ai encore moins envie, ou alors, il faudrait que je tombe sur quelqu’un de séropositif.

Vous êtes déjà tombé amoureux ?

 Il y a un an, au mois de mars, j’ai voulu mourir. C’était dû à la relation avec un homme, dont je suis tombé amoureux, qui n’a pas fonctionné. Tout est remonté à la surface et surtout ma maladie. Comme si je venais d’apprendre la nouvelle. J’en suis venu à croire qu’il me rejetait à cause du fait que j’étais atteint du sida. Je pensais pouvoir compter sur lui et je ne sais pas … A priori, non. Nos relations se sont dégradées après cela et j’espère pour lui que ce n’est pas par rapport à ça. Le 14 mars 2013, je lui ai annoncé que j’étais malade et le 07 mais 2013 il a décidé de ne plus me voir. Mais j’espère du fond du cœur que ce n’est pas à cause de ça. Je me suis pris un double revers, j’avais de l’amour pour lui.

La communauté gay est le milieu où il y a le plus de risque. Cette année, en France, il y a eu une augmentation de 10% chez les homosexuels. Une étude prouve qu’en vue des progrès de la médecine à fournir un traitement convenable pour survivre, il y a une sorte de banalisation de la maladie. Comme vous le prouvez, on peut vivre 10 ans avec le sida.

Que pensez vous de ces chiffres et de cette banalisation qui s’opère ?

 Je pense que ces chiffres sont un peu faussés puisqu’il y a beaucoup de déclarés positifs qui sont immigrés sud-africains. En France, quelqu’un qui n’a aucune ressource et qui est malade, est pris en charge. Il ne faut donc pas oublier que cela aussi compte énormément. Je me rappel, quand je lisais têtu, que l’on pouvait diviser le chiffre par deux. Au moins 50% des personnes qui viennent sont malades depuis longtemps.

Pour en revenir à la banalisation, je pense en effet qu’elle existe. Je dirais même que la banalisation est plus présente chez les hétérosexuels que chez les gays. Dans les bars ou boîtes gays il y a des messages de prévention ainsi que des capotes absolument partout, ce qui n’existe pas ou très peu dans les milieux hétérosexuels. 

Il y a aussi le côté sexe. Je pense que les jeunes de maintenant voient une banalisation dans le sexe. C’est du n’importe quoi. Si aujourd’hui on n’est pas bisexuel, on est presque hors-norme. Après, moi j’aime ça, mais je pense que c’est à cela qu’on doit prêter attention, la banalisation vient de là.

Un conseil à donner aux étudiants ?

 Le conseil serait d’avoir toujours une capote avec soi, et de s’en servir surtout.

Ce qui pourrait combattre la banalisation de la maladie ?

 Une hécatombe de morts en Europe. Les gens réagiraient tous ensemble à partir de là parce que, malheureusement, c’est souvent le seul truc qui marche.

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Est-ce assez explicite ?Est-ce assez explicite ?Après avoir invité M . Max RIEUX à Radiovni, et qu’il nous ai parlé de son opposition au projet actuel de la LEO (Liaison Est Ouest : voie rapide qui devrait à terme relier l’A7 à l’A9), nous avons décidé d’aller à la rencontre du collectif LEOPART qui milite activement contre ce projet.

On est le 1er Juin, il fait froid, nous sommes fatigués, mais vous vous en moquez. Ne suivant que notre courage, nous nous engouffrons dans cette zone de végétation luxuriante afin de voir qui sont ces révolutionnaires qui comptent faire barrage de leurs corps aux bulldozers de Vinci.  A peine nous nous éloignons de Cap Sud pour nous enfoncer dans cette contrée étonnamment rurale, nous apercevons ça et là leurs affiches comme autant de signes de leur présence sur le terrain.

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C’est
la question qu’a posé l’institut de sondage IFOP lors d’un sondage, commandé par Ouest-France, à 1017 personnes. Et moi qui pensais partir à la retraite à 40 ans, je me suis rendu compte que cette réponse n’était même pas disponible (à moins de répondre moins de 60 ans).

J’ai donc décommandé mon billet chez Costa Croisière (et non pas Costa Gavras) que j’avais réservé pour mes 40 ans avec l’option Patrick Juvet qui t’apporte le petit-déjeuner au lit tous les matins, et j’ai rendu mes boules de pétanque ainsi que les gants assortis.

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Fabien Veyret Clément Chassot Jacques BuckiFabien Veyret Clément Chassot Jacques Bucki

Le journal mensuel le Ravi qui se concentre sur l’enquête et de satire dans la région de Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) organisait, le 28 février dernier au théâtre du Chêne Noir, un débat sur les enjeux énergétiques de la région.

Les invités étaient : Jacques Bucki, maire de Lambesc et spécialiste de transition énergétique, Fabien Veyret, directeur de l’association pour les énergies renouvelables et l’écologie (AERE) et Olivier Florens, conseiller général Europe Écologie – les verts. Ce dernier a dû finalement se désister; il était malade. Une soirée animée par Clément Chassot, journaliste au journal le Ravi.

Avant de passé à la période de questions, au débat, les intervenants ont montré leur vision de ce que devrait être la gestion de l’énergie.

D’emblée le débat n’a pas été entre les conférenciers, il a été entre les conférenciers et la foule. 

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